Accueil > DONNÉES ET ANALYSES > AOC 3 juin 2026 Racisme et capitalisme : le WWF face à ses contradictions
AOC 3 juin 2026 Racisme et capitalisme : le WWF face à ses contradictions
lundi 15 juin 2026
Rubrique : DONNÉES ET ANALYSES
Article dans la revue en ligne AOC (Analyse, Opinion, Critique), le 3 juin 2026
Racisme et capitalisme : le WWF face à ses contradictions
Par Guillaume Blanc, historien
Ci-joint et (pour les abonnés)
https://aoc.media/analyse/2026/06/02/racisme-et-capitalisme-le-wwf-face-a-ses-contradictions/
En voici le début, situant la polémique qu’analyse cet article.
Le Fonds mondial pour la nature ne fait pas de politique : il travaille pour l’environnement, et pour tous les êtres humains. Voilà ce que prétend être le WWF (World Wide Fund for Nature). Mais depuis la démission de la présidente de sa branche française, le 28 mai dernier, l’organisation peine à sauver les apparences et se montre pour ce qu’elle est : une organisation née du colonialisme et du capitalisme.
Relatée, entre autres, par Mediapart, l’affaire débute le 4 avril lors du rassemblement contre le racisme organisé par le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, membre de LFI (La France insoumise) et cible d’agressions racistes depuis son élection. Présidente du WWF France Rdepuis 2024, Alexandra Palt participe à l’évènement à titre personnel et, le lendemain, sur son compte LinkedIn, elle rappelle son attachement à l’« universalisme » républicain.
Ce qui lui vaut de recevoir deux jours plus tard un courrier signé par la présidente d’honneur du WWF France, Isabelle Autissier, et par un membre du conseil d’administration, Antoine Housset. « Notre organisation se bat depuis sa création pour qu’il n’y ait pas de doute sur son apolitisme. Son objet social n’intègre pas la lutte contre le racisme… », lui font-ils savoir avant d’ajouter : « Encore faudrait-il […] que cette manifestation n’ait pas été organisée par un parti souvent critiqué pour son attitude à l’égard des juifs qui, tu l’imagines, font partie de nos donateurs. » Puis, le 28 mai, évoquant une divergence de « valeurs », Alexandra Palt démissionne.
Le WWF France réagit le jour même. L’organisation explique que cette démission intervient alors qu’une procédure de révocation de la présidente avait d’ores et déjà été initiée « suite à des dysfonctionnements managériaux […], ainsi qu’à des prises de position personnelles contraires au principe d’apolitisme de l’organisation ».
Mais la réplique ne suffit pas. Certains dénoncent l’antisémitisme éhonté du courrier signé par Autissier et Houette, et d’autres reprochent à l’organisation son refus de combattre le racisme.
Alors, dans un nouveau communiqué de presse, tout en réaffirmant être une « organisation indépendante et non partisane », le WWF se déclare « engagé contre toutes les formes de discriminations ». « Défendre la nature ne peut se faire qu’en défendant également le respect des êtres humains », lit-on sur leur site Internet depuis le 29 mai.
L’organisation choisit donc l’hypocrisie. Car l’affaire est en réalité assez simple. Alexandra Palt a participé à un rassemblement antiraciste, et qui plus est organisé par LFI, parti qui critique ouvertement le grand capital. Or, contrairement à ce que prétend Isabelle Autissier, l’organisation qu’elle préside est loin d’être apolitique : le WWF est né du racisme et du capitalisme.
Aussi ce licenciement n’a-t-il rien d’étonnant. En revanche, les réactions indignées qu’il suscite sont, elles, bien plus surprenantes. Car elles révèlent qu’aux yeux d’un large public et de nombreux médias, le WWF fait figure d’organisation vertueuse. Son histoire raconte pourtant tout le contraire[1].
...................
